Que se passe-t-il la nuit sur les sites du réseau CATZH Garonne ?

Image

Alors que la plaine de la Garonne s’endort, une tout autre activité s’éveille au bord des points d'eau. Équipés de bottes, de lampes frontales et d’une application de saisie, les techniciens de la CATZH s’enfoncent dans l’obscurité au bord des mares et des cours d’eau. Leur objectif ? Partir à la rencontre des amphibiens. Ces suivis nocturnes, menés à la fin de l’hiver et au printemps, sont essentiels pour évaluer l’état des zones humides et guider nos actions de gestion. 

 

Pourquoi suivre les amphibiens ? Des sentinelles de nos zones humides 

 

Les amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons, salamandres) possèdent deux phases de vie, aquatique et terrestre, un cycle de vie court et une peau particulièrement perméable. Cette biologie en fait de très bons bioindicateurs, car ils sont les premiers à réagir aux perturbations de leur environnement (pollution de l'eau, assèchement précoce, perte de connectivité entre les milieux). 

Suivre leurs populations sur les sites engagés dans la CATZH permet de répondre à trois enjeux : 

  • Évaluer l'état de santé du milieu : une grande diversité d'espèces traduit un habitat fonctionnel, un bon état de conservation et diversifié.
  • Mesurer l'impact de nos actions : le retour des amphibiens sur une mare récemment restaurée, reprofilée ou réouverte est la meilleure preuve de la réussite des travaux de génie écologique.
  • Orienter la gestion : les données récoltées permettent d'ajuster les conseils apportés aux propriétaires adhérents du réseau (gestion du piétinement par le bétail, maintien de zones refuges enherbées, entretien des berges, curage des mares). 

Le protocole de prospection réalisé dans le cadre de la CATZH est adapté au type de site et d’accompagnement, ainsi qu’au niveau d’enjeu pressenti à l’issue de la visite initiale, mais est généralement inspiré du programme POPAmphibien. La clé du succès repose en premier lieu sur le choix d’une fenêtre météo favorable : une nuit douce (idéalement supérieure à 10°C), humide (voire pluvieuse) et sans vent. C'est dans ces conditions que les amphibiens présentent la plus forte activité et sont donc plus facilement détectables. 

Sur le terrain, la méthode combine deux approches complémentaires : 

  • La détection auditive : à l’arrivée sur le site, quelques minutes de silence total sont réalisées pour identifier et quantifier les chants des différentes espèces.
  • La recherche visuelle : à l'aide d’une lampe torche la surface de l'eau est scrutée depuis les berges le long d'un parcours défini. Cette méthode est nécessaire pour détecter les urodèles (tritons et salamandres) et permet également de compter les pontes de certaines espèces.  

Triton Marbre. Crédit Photo C. Delmas
Triton marbré ©C. Delmas

Zoom sur les derniers résultats sur les sites suivis 

Parmi la douzaine d’espèces potentielles sur le bassin de la Garonne, les derniers suivis réalisés sur les sites du réseau de la CATZH ont mis en lumière 11 espèces aux exigences variées. 

Le Triton marbré (Triturus marmoratus) : cette espèce très exigeante écologiquement est rarement retrouvée sur les sites suivis. Ce grand triton affectionne les mares forestières ou les points d'eau bien végétalisés et préservés du piétinement excessif. Il n’a été retrouvé que sur l’une des mares restaurées par la Fédération départementale des chasseurs de la Haute-Garonne (FDC31) dans le Volvestre, alors que le milieu ne lui semblait pourtant pas favorable de prime abord. 

Le Triton palmé (Lissotriton helveticus) : cette espèce commune colonise les pièces d’eau stagnantes (mares, fossés, petits ruisseau lent …). Il apprécie les habitats riches en végétation aquatique et avec une eau de bonne qualité. Cette espèce a été observé sur plusieurs sites CATZH, notamment sur le réseau de fossés sur la commune de Frontignan-de-Comminges et les aménagements réalisés par le SBHG sur le bassin versant du Peyrencou. 

Le Crapaud épineux (Bufo spinosus) : ce crapaud massif et trapu se rencontre régulièrement dans les milieux de mares et de fossés. Il utilise pour se reproduire des milieux aquatiques également variés, indifféremment lotiques ou lentiques : ruisseaux, rivières, fossés profonds, mares, lavognes, bras morts, étangs et lacs (même empoissonnés) ... Malgré cette admirable plasticité écologique, l'espèce est en déclin permanent pour de multiples raisons (écrasement routier, destruction d’habitats …). Cette espèce a été observée dans le réseau de fossés de Frontignan-de-Comminges, dans les ouvrages du Peyrancou ou encore dans les bassins d’orage de Saint-Pierre-de-Lages. 

Le complexe des grenouilles vertes (Pelophylax sp.) : le genre des Pélophylax, dit des « grenouilles vertes », est séparé des « grenouilles brunes » (Agile, Rousse …). L’espèce la plus courante sur les sites CATZH est la Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus). L’identification de l’espèce est complexe, et doit être réalisée par un spécialiste. L’analyse génétique reste la solution la plus fiable. La grenouille rieuse a été observée sur de nombreux sites CATZH : ouvrages du Peyrancou, bassins d’orage de Saint-Pierre-de-Lages, mares du château de Lamasquère, sites de la FDC31 … 

La Rainette méridionale (Hyla meridionalis) : elle se reconnait par son chant puissant et monocorde au printemps. Elle est souvent retrouvée dans la végétation haute des bordures de mares. Elle a été recensée sur le lac de Berdot ou encore dans les mares du château de Lamasquère dernièrement. 
Le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus) est surnommé "crapaud persillé" en raison de ses taches vertes. C'est un habitant typique des milieux pionniers qui apprécie les eaux peu profondes et ensoleillées. Il a été trouvé sur certaines mares restaurées dans le Volvestre par la FDC31 en 2025, ainsi que sur le Peyrencou dans le Lauragais. 

L'Alyte accoucheur (Alytes obstetricans) : on entend souvent son chant (une note flûtée très caractéristique) depuis les murets ou les éboulis à proximité de l'eau. Les mâles transportent les œufs sur leurs cuisses en attendant l'éclosion. Cette espèce a été détectée sur le ruisseau de St-Agne à Ramonville, ce qui est une belle découverte en contexte péri-urbain. 

La Grenouille rousse (Rana temporaria) est une espèce à affinité plus montagnarde ou septentrionale. Elle démarre sa reproduction précoce dès le milieu de l'hiver (parfois dès décembre ou janvier en basse altitude), elle rejoint les points d'eau pour y déposer de volumineux amas de pontes flottantes, souvent bien avant les autres espèces.  Elle a été retrouvée en limite de son aire de répartition sur les sites de Prat-Barrat (Lahitère) et à Beauchalot. 

La Grenouille agile (Rana dalmatina) est présente en plaine dans les milieux bocagers ou forestiers. Sa reproduction est également précoce, mais un peu plus tardive que la Grenouille rousse (février/mars). Les femelles fixent leurs pontes de manière isolée sur des branches ou des tiges immergées en profondeur. Elle a été détectée sur les sites alluviaux de Valentine et de Galié, mais également sur le site de Berdot.  

Ces deux dernières espèces sont très proches sur le plan morphologique et les confusions sont fréquentes. Les données récoltées dans le piémont, où leur répartition se chevauche, nécessitent impérativement une validation sur photo. 

Les données récoltées ce printemps viennent enrichir la connaissance naturaliste du territoire et valider les efforts de préservation engagés par les adhérents de la CATZH. Un grand merci aux propriétaires, éleveurs et gestionnaires du réseau qui, par leurs pratiques vertueuses, permettent à cette biodiversité nocturne de continuer à chanter dans la plaine de la Garonne. 

💡 Le saviez-vous ? 

Contrairement aux poissons, les amphibiens ont besoin de mares qui s'assèchent temporairement en fin d'été. Pourquoi ? Parce que l'assec naturel élimine leurs principaux prédateurs, notamment les écrevisses exotiques ou les poissons introduits. Une mare qui s'assèche ponctuellement, mais de manière tardive pour permettre le cycle de reproduction, est souvent un hotspot de biodiversité pour les amphibiens l'année suivante. 

Pour aller plus loin, consultez la Liste Rouge des amphibiens et reptiles d'Occitanie - 2026, qui vient de sortir et qui a été coordonnée par Nature En Occitanie.

Prospection nocturne ©T. Matarin

Mis à jour le :