Un projet d’abattage d'arbres porteurs de cavités sans demande de dérogation pour destruction d’habitats d’espèces protégées dans l'Aude

L’association Nature En Occitanie a été alertée en juillet 2026 du projet d’abattage de 24 arbres (22 platanes et 2 marronniers), soit l’ensemble des deux alignements présents sur le cours Colbert à Chalabre (Aude), dans le cadre de sa rénovation. Au regard de l’ampleur des travaux, la mairie et les services de l’Etat (DREAL Occitanie et OFB) ont été informés de la présence potentielle d’espèces protégées liées aux cavités des vieux arbres, notamment des oiseaux et des chauves-souris, mais aucune étude naturaliste préalable n’avait été réalisée. Et de fait, une colonie de Noctule commune (Nyctalus noctula), une espèce de chauve-souris rare et patrimoniale dans la région, a été découverte à proximité. Explications.

La Noctule commune, une chauve-souris arboricole menacée


Les populations de Noctule commune connaissent un déclin alarmant en France, où elle est classée “Vulnérable” sur la liste rouge nationale des espèces menacées (2017). Presque exclusivement arboricole, cette chauve-souris recherche de vieux arbres à cavités dans les parcs, les alignements d’arbres, les bois et les forêts. Elle utilise généralement d’anciennes loges de pics, avec une préférence pour les arbres feuillus comme les platanes ou les chênes.

Une colonie reproductrice a été découverte à proximité immédiate du cours Colbert où les abattages d’arbres devaient avoir lieu. Certains de ces arbres offrent des cavités favorables aux Noctules communes, ainsi qu’à d’autres espèces de chiroptères et d’oiseaux. Moins de dix sites d’estivage sont connus pour cette espèce en Occitanie (Roué et al, 2025)(1), cette découverte faite à Chalabre constitue le premier cas jugé certain de reproduction de l'espèce en Occitanie (porter à connaissance du groupe Derivaz). A ce titre, la présence de cette colonie présente un enjeu fort de conservation, d'envergure régionale.

Le maintien des platanes de Chalabre est capital pour cette espèce qui fonctionne avec un réseau de gîtes lui permettant un ajustement vital aux perturbations (températures, dérangement…)(2). C’est la perte successive de ces gîtes qui est une des causes majeures du déclin de l’espèce (Arthur & Lemaire, 2009)(3).

Sur les 35 espèces de chauves-souris recensées en France, la majorité est susceptible d’utiliser les cavités arboricoles pour la naissance et l’élevage des jeunes, pour l’hibernation ou comme simple abri.

Pour aller plus loin sur l’importance des platanes pour les Noctules : https://www.sfepm.org/sites/default/files/inline-files/Alerte_Platanes_CS_fev2024_SFEPM.pdf

Un « trésor à préserver »


Suite à l’alerte reçue par Nature En Occitanie, plusieurs courriers ont été transmis à la mairie de Chalabre et aux services de l’Etat pour rappeler la règlementation en vigueur concernant la protection des espèces dans le cadre de travaux, ainsi que la nécessité d’avoir recours à une dérogation pour la destruction d’habitats d’espèces protégées le cas échéant (demande instruite par la DREAL Occitanie). Nous n’avons reçu qu'une réponse partielle à ce sujet.

Fin août, une réunion publique s’est tenue à l’initiative de la mairie, où nous avons appris qu’une étude naturaliste sur les enjeux liés aux cavités des platanes était en cours. L’écologue en charge de cette étude confirme le caractère remarquable que revêt la découverte de la colonie reproductrice de Noctule commune sur la zone. Il évoque même un “trésor à préserver”, ce que la mairie s’engage alors à faire.

Absence de dérogation pour destruction d’habitats d’espèces protégées


L’arrêté n°2026-110 de la DDTM du 28 aout 2026 stipule que l’autorisation d’abattage des arbres est délivrée sous réserve du strict respect des autres réglementations applicables, notamment celles relatives à la protection des espèces et de leurs habitats. Cependant, en octobre, toujours pas de demande de dérogation pour destruction d’habitats d’espèces protégées. Compte tenu des forts enjeux environnementaux liés à ce projet d’abattage, ainsi qu’aux nombreuses alertes remontées à la mairie et aux services de l’Etat qui sont restées sans réponse, et vu l’imminence des travaux d’abattage, Nature En Occitanie n’a pas eu d’autre choix que de saisir la justice.

Une requête en référé a été déposée et rejetée par ordonnance début octobre. Toutefois, en termes de droit cette ordonnance ne vaut pas jugement. Considérant qu’il s’agit d’une carence fautive de l’exercice des pouvoirs de police du Préfet de l’Aude, ce dernier a été mis en demeure de suspendre les opérations d’abattage sans avoir statué sur une demande de dérogation d’espèces protégées. Dans un communiqué du 17 octobre, la mairie vient d'annoncer le report des travaux, sans donner de nouvelle date.


Conserver nos (vieux) arbres dans un contexte de changement climatique


Nous venons de vivre un été marqué par des chaleurs exceptionnelles qui ont impacté le pays entier. Est-il encore envisageable d’abattre des arbres anciens, qui apportent ombre et fraicheur aux habitants ? Sans parler de tous les autres effets bénéfiques parfois invisibles qu’ils nous rendent au quotidien : stockage du carbone, amélioration de la gestion de l’eau et des sols grâce à leurs systèmes racinaires, dimension patrimoniale en participant à l’identité et au caractère de nos villes et villages,...

Nature En Occitanie souhaite donc que toutes les autres alternatives permettant de ne pas procéder à l’abattage de ces platanes soient privilégiées, dans le respect du droit. Un collectif de citoyens “Sauvons les arbres de Chalabre” s’est rassemblé autour de ce projet et a réalisé un mémento technique transmis à la mairie, afin d’établir un plan d’action pour l’étude d’une variante dans l’aménagement du cours Colbert en conservant le plus d’arbres possibles. Des pistes concrètes et des propositions constructives y sont présentées et Nature En Occitanie soutient cette initiative.

 

(1) ROUÉ S., ROUY Q., PAPERIN-CARILLO F., MONTIER G., HUREAU P. et BRUNOD P. (2025), Synthèse nationale : Actualisation des effectifs nationaux et du nombre de sites à Chiroptères, rapport de synthèse nationale, SFEPM, 69p.
(2) Plusieurs espèces de chauves-souris et en particulier les espèces arboricoles fonctionnent avec un réseau de gîtes.
(3) ARTHUR L, LEMAIRE M., (2009). Les chauves-souris de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Collection Parthénope, Ed° Biotope, 544 p.

Photo : Ludovic Jouve

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