Le Grand Tétras et le Lagopède Alpin deviennent des espèces protégées

Un classement indispensable pour ces deux espèces en fort déclin, mais désormais il faudra accompagner et poursuivre les efforts de préservation de leurs milieux sans relâche.

©J. Duvernay, J. Frode Haugseth

Le gouvernement a officialisé mardi 8 septembre 2026 le classement du Lagopède alpin et du Grand Tétras, comme espèces protégées, interdisant leur chasse et sanctuarisant leurs habitats face à un déclin préoccupant.
Les associations en amont de ces décisions avaient depuis des décennies dénoncé un effondrement de leurs populations et des prélèvements cynégétiques démesurés.

C'est enfin aussi pour FNE Occitanie Pyrénées, FNE Hautes-Pyrénées, le Comité Ecologique Ariégeois (CEA), Nature En Occitanie (NEO), le Groupe Ornithologique du Roussillon, l’aboutissement de dix-huit années de recours coûteux au Tribunal administratif et au Conseil d’Etat (50 recours entre 2008 et 2021 juste pour le Grand Tétras) pour suspendre des arrêtés de chasse dans les départements des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales. Les tribunaux nous ont toujours donné raison.

Puis le 1er juin 2022, le Conseil d’État, suite à la requête de FNE Occitanie-Pyrénées et de six autres associations a enjoint au gouvernement de suspendre la chasse du Grand Tétras pendant cinq ans dans les Pyrénées françaises. (Moratoire)

Pour le Lagopède alpin, le CEA, membre de notre fédération, a systématiquement contesté depuis 2008 les arrêtés autorisant la chasse de cette espèce en Ariège, incompatibles avec sa préservation. La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a fait de même dans les Alpes quelques années plus tard et One Voice pour les deux massifs depuis 2021.

En 2024, le CEA, la LPO et One Voice ont demandé au ministère de la Transition écologique un moratoire sur la chasse de cet oiseau, en raison notamment de sa forte perte d’habitat. Face au refus implicite du Ministère, ces associations ont saisi le Conseil d’État. Sa décision avait été  rendue le 2 mars 2026 et donnait raison à ces associations, enjoignant au gouvernement de suspendre la chasse du Lagopède pendant cinq ans.

C'est donc dans ce contexte que ces deux galliformes de montagne menacés, le Grand tétras et le Lagopède alpin ont rejoint la liste des oiseaux protégés en France qui n'avait pas évoluée depuis 2009.

Si nous sommes très satisfaits de cette décision, nous avons bien conscience que ces deux remarquables oiseaux ne sont pas tirés d'affaire et que pèsent encore sur eux de multiples menaces. 

Un déclin lié à plusieurs facteurs

Le déclin de ces deux galliformes de montagne inféodés respectivement à l’étage subalpin (Grand tétras) et alpin (Lagopède), constaté par tous les observateurs de terrain, est la conséquence de la conjonction de plusieurs facteurs qui s’additionnent. 

L’évolution climatique, tant invoquée, constitue, certes, un facteur aggravant qui perturbe la reproduction, transforme les habitats en induisant une remontée de l’étage subalpin en altitude et une réduction progressive de l’étage alpin. Le réchauffement climatique impacte  ces espèces qui aiment le froid et sont très sensibles aux périodes de fortes pluies qui accompagnent désormais cette transformation du climat d'un régime nival vers un régime pluvial, principalement au moment de l’éclosion et de l’élevage des nichées au printemps et en été.

Mais, les causes directes de la mortalité qui semblent les plus déterminantes sont : la mauvaise reproduction, la fragmentation de leurs habitats en raison de l’action combinée du surpâturage et de fortes densités locales d’ongulés sauvages, de la  surfréquentation de la montagne et dérangements dans leur période de vie la plus fragile, loisirs et sports outdoor, obstacles mortels tels que les clôtures pastorales, d’une augmentation de l’efficacité de la prédation par leurs prédateurs naturels (rapaces, renards, sangliers, martre des pins), la perte de leur habitat liée aux aménagements touristiques…Sur le terrain, nous constatons l’insuffisante prise en compte de ces espèces de Galliformes par les bureaux d’étude, dans les avis techniques et environnementaux concernant en particulier les compétitions sportives et les nouvelles installations. 

Une protection concrète à construire

Cette protection doit passer au concret, en instaurant une coopération efficace entre tous les acteurs concernés par la conservation des galliformes :

  • En s’inspirant d’expériences réussies à l’étranger (Autriche, Ecosse…où les effectifs de grands tétras ont pu à nouveau augmenter malgré le changement climatique), et au niveau local, lorsqu’un travail collectif a pu permettre la reconstitution de noyaux de population, malgré l’essor du tourisme de masse ; 
  • En se recentrant sur la préservation des habitats (en encourageant les actions de renaturation, de maintien et de reconstitution de landes subalpines et la recolonisation forestière (pin à crochets) sur les lisières supérieures, la préservation des landes alpines, la visualisation de câbles et de clôtures forestières et pastorales), en développant des actions collaboratives entre les différents acteurs (associations naturalistes, Observatoire des Galliformes de montagne, Fédérations départementales des chasseurs, Groupements pastoraux, ONF, administrations, gestionnaires d’espaces protégés…) ; de telles actions de terrain financées dans le cadre du Fonds Vert sont menées depuis plusieurs années en Comminges, elles sont étendues sur l’Ariège, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, dans le cadre un programme d’amélioration des habitats du Grand tétras porté par Nature en Occitanie et Nature Comminges en 2026-2027 ;
  • En développant les actions de sensibilisation auprès d‘un public de plus en plus curieux de nature, qui doit mieux s’approprier les enjeux liés à la biodiversité en montagne (à cette fin, des kits pédagogiques sont réalisés par l’Observatoire des Galliformes de montagne, une exposition sur le Grand tétras, réalisée par FNE Occitanie-Pyrénées est installée chaque année dans des lieux touristiques). 

La vraie urgence est d’augmenter la survie des nids, des jeunes et des adultes, cela implique de réduire les mortalités par collisions d’infrastructures (ce qui nécessite des fonds pour aider aux actions de visualisation) et la mise en place d’action de diversion des prédateurs.   

C'est la raison pour laquelle les associations de protection de la nature préconisent un certain nombre d'actions à conduire dans la durée, notamment pour le Grand tétras, faute de quoi il est très probable que ce classement ne suffise pas à permettre aux effectifs de remonter.

Des préconisations pour une meilleure prise en compte et protection de ces espèces

Dans un courrier, co-signé par FNE OP et 4 associations affiliées (Nature Comminges, NEO, FNE 65 et CEA), adressé à Mme la Ministre de la Transition Ecologique le 16 avril 2026, une méthodologie en 10 points clés a été communiquée sur la base des connaissances terrain concernant les enjeux dans les Pyrénées.

Ce cadre méthodologique doit permettre de fédérer l’ensemble des acteurs concernés et coordonner les actions concrètes nécessaires au maintien des populations de Grand tétras, au plus près des territoires et de leurs particularités respectives. Il peut se résumer ainsi : 

  • Point 1 : une coordination très structurée au niveau de l’État : référent national faisant le lien entre les différents ministères concernés, moyens affectés à la Dreal Occitanie pour l’animation à l’échelle du massif, groupes multi acteurs au niveau départemental avec un interlocuteur indépendant pour chaque département (Observatoire des Galliformes de montagne, OFB par exemple) faisant lien axes le niveau régional et national tout en étant garant de la bonne mise en œuvre des actions sur le terrain.
  • Point 2 et 3 : s’appuyer sur le projet de SNGT (PNA) et donner les moyens suffisants pour déployer les fiches actions.
  • Point 4, 5 et 6 : s’appuyer sur les connaissances et particularités locales, au cas par cas, (acteurs mobilisés, contextes géographiques, etc) pour mutualiser et coordonner les efforts et l’efficacité finale des actions.
  • Point 7, 8 et 9 : garantir la fonctionnalité des écosystèmes et leur connectivité sur le long terme par une meilleure application du Code forestier, des clauses « tétras » de l’ONF avec des zones de délimitation d’espaces préservés, des mesures contrôles sur leur respect et des suivis de populations, ces actions et leur financement devant être anticipées, réalistes et pérennes.
  • Point 10 : poursuivre la collaboration franco-espagnole sur les connaissances et les problématiques partagées sur les versants nord et sud du massif, y compris dans les programmes de réintroduction en vue d’un brassage génétique permettant la viabilité des espèces.

Pour aller plus loin :

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